Réalisation de documentaires avec le Z6III et Jan Vincent Kleine

Après avoir passé six mois et demi au cœur de la nature sauvage de l’Arctique, Jan Vincent Kleine nous dévoile comment il a réalisé la deuxième partie de « Norway’s Wilderness Up Close » avec le Nikon Z6III
Depuis deux ans, Jan Vincent Kleine parcourt les paysages les plus sauvages de Norvège en s’en remettant entièrement à ses propres moyens, documentant son périple dans une série en plusieurs épisodes, Norway’s Wilderness Up Close, dont la conclusion est prévue à l’automne 2027, pour un tracé estimé à 6500 km. Nous l’avons rencontré alors qu’il venait d’achever le tournage de la deuxième partie, dans laquelle, accompagné de son husky Trojka et, parfois, de sa compagne June van Greevenbroek, il s’enfonce encore plus loin dans les contrées reculées du Nord, se déplaçant à ski, à pied et en packraft (embarcation gonflable légère), n’utilisant le vélo que pour relier des régions éloignées, au fil d’un périple qui a duré plus d’un semestre.
Que contient mon sac photo ?
Norway’s Wilderness Up Close - Jan Vincent Kleine dans la nature avec June et Trojka
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« Dans le premier documentaire, il n’y avait pratiquement que Trojka et moi », explique Jan Vincent Kleine. « À -20 °C, avec le vent et la distance à parcourir, la motivation pour aller de l’avant, installer l’appareil photo, puis revenir sur ses pas et tout recommencer est limitée. Je devais sans cesse trouver l’équilibre entre avancer et documenter le voyage. Dans cette deuxième partie, les choses sont devenues bien plus simples, car ma compagne June a pu elle aussi saisir la dimension humaine de l’histoire. Il ne s’agissait plus seulement d’avaler les kilomètres : il s’agissait de vivre ce moment ensemble et d’apprendre à se connaître. Ainsi, si le film porte toujours sur le projet, une histoire d’amour s’y tisse également en filigrane. »
En plus du Nikon Z8, Jan Vincent Kleine et June ont utilisé le Z6III. Il nous livre ici ses conseils et astuces pratiques pour tourner un documentaire.

Jan Vincent Kleine encourage les réalisateurs de documentaires d’aventure comme lui à voyager léger, à miser sur quelques outils de qualité, plutôt que d’emporter trop, pour rester mobile et efficace sur le terrain. Nikon Z7 + NIKKOR Z 24-70mm f/2.8 S, 70 mm, 1/200 s, f/2.8, 64 ISO ©Jan Vincent Kleine
Privilégiez la qualité à la quantité
Dans un environnement comme celui-ci, où l’aventure prime avant tout, je ne veux pas avoir à ménager mon matériel. Je ne veux pas avoir à m’inquiéter du froid, de l’humidité ou des chocs possibles. Il faut que mon matériel soit opérationnel. Que ce soit lorsque l’écran commençait à geler par -30 °C ou lorsque j’ai roulé accidentellement sur mon sac photo avec un fourgon Sprinter, Nikon ne m’a jamais laissé tomber.
Et sur un projet comme celui-ci, l’équipement doit suivre : une configuration agile, solide, et surtout la plus légère possible. Nous parcourons des milliers de kilomètres avec notre matériel au fil des saisons. Il est donc essentiel de pouvoir tout enregistrer avec une qualité optimale. Ne pouvant pas emporter de trépied ni de stabilisateur, toutes les prises de vue ont donc dû être réalisées à main levée. Heureusement, le Z6III dispose d’une stabilisation intégrée incroyable, si bien que de nombreuses séquences donnent l’impression d’avoir été filmées sur un trépied. La seule vraie difficulté à laquelle je me suis heurté a été de devoir fixer l’appareil photo au guidon du vélo, mais ce petit côté rudimentaire ajoute à l’authenticité. Le Z6III est si performant que même une petite équipe peut obtenir des résultats incroyables.
Pour les objectifs, nous avons utilisé le NIKKOR Z 24-70mm f/2.8 S sur le Z8, car il est polyvalent et compact, et la qualité d’image est incroyable. Nous avons utilisé le NIKKOR Z 26mm f/2.8 sur le Z6III, car il est particulièrement agréable à utiliser, si simple et si léger.

Quelle que soit la situation, Jan Vincent Kleine affirme qu’il privilégie l’AF-C avec suivi 3D et reconnaissance du sujet. Nikon Z8 + NIKKOR Z 24-70mm f/2.8 S, 52 mm, 1/250 s, f/7.1, 100 ISO ©Jan Vincent Kleine
Maîtrisez l’AF du bout des doigts
En configuration d’origine, les appareils peuvent se révéler quelque peu limitants au regard de ma manière de travailler, c’est pourquoi je personnalise les commandes, notamment le mode AF, afin de pouvoir passer d’une mise au point rapide à une mise au point plus lente et plus cinématographique pendant le tournage. Ma configuration de prédilection est l’AF-C (mise au point continue) avec suivi 3D et reconnaissance du sujet, en utilisant le bouton AF ON au dos. C’est une combinaison très efficace qui me permet d’obtenir une mise au point précise sur les portraits, le chien ou les paysages, le tout sans avoir à déplacer un seul point AF ni à changer de mode.

Dans ses séquences cinématographiques, Jan Vincent Kleine explique vouloir respecter un angle d’obturation de 180°. Nikon Z8 + NIKKOR Z 24-70mm f/2.8 S, 28 mm, 1/5000 s, f/2.8, 80 ISO ©Jan Vincent Kleine
Faites une exception à la règle des 180° pour les plans tournés à main levée
L’un des grands avantages de ces deux boîtiers, c’est qu’ils présentent des commandes et une qualité d’image si similaires que passer de l’un à l’autre n’implique aucun compromis. En règle générale, on vise un angle d’obturation de 180° au cinéma. Ainsi, à 24 ou 25 vps, on filme à 1/50 s pour obtenir ce flou de mouvement naturel auquel nous sommes habitués. La stabilisation en postproduction peut toutefois s’avérer délicate si les images manquent de stabilité et le résultat n’est pas toujours simple à rattraper. Je ne m’encombre ni d’un stabilisateur ni de filtres ND à visser et dévisser sans cesse ; et lorsqu’on filme en marchant ou en skiant, il est illusoire d’espérer des mains parfaitement stables. Alors je m’adapte. Si la lumière et les conditions le permettent, je cherche un rendu cinématographique. À défaut, j’augmente la vitesse d’obturation afin de faciliter une stabilisation ultérieure en postproduction. Ce n’est pas un film publicitaire parfaitement calibré. C’est un documentaire brut et personnel, et saisir l’instant présent aura toujours plus d’importance que la recherche de l’image parfaite.
Réglez vos niveaux avec une marge pour éviter la saturation audio
J’avais emporté un système RØDE Wireless Pro, car c’est à mes yeux la solution la plus légère et la plus simple pour enregistrer, en bonne qualité, aussi bien les conversations que les réflexions saisies sur le vif. Nous gardions chacun un émetteur dans une poche, si bien que l’installation ne prenait guère plus de dix secondes et en extérieur, sauf par calme plat, une bonnette anti-vent était indispensable.
Le plus important, c’est de bien régler les niveaux. Il ne faut pas pousser le convertisseur analogique-numérique du micro ou de l’appareil trop fort, sous peine de saturation, et ça c’est irréparable en post-production. S’il est réglé trop bas, vous devrez le rehausser en postproduction, au risque d’introduire du bruit. Le niveau sonore d’une conversation normale se situe généralement autour de -20 dB, mais un éclat de rire ou des consonnes appuyées peuvent faire bondir le niveau de plus de 10 dB. Mieux vaut donc viser une moyenne de -20 dB et des crêtes juste en dessous de -6 dB pour éviter la saturation tout en conservant une bonne qualité sonore. En général, je règle le gain d’entrée de l’appareil entre 1 et 4 avec mes configurations de micro, et je garde toujours un œil sur les vumètres de l’appareil. Par mesure de sécurité, les émetteurs-récepteurs RØDE Wireless Pro enregistrent en interne en 32 bits flottants. Ainsi, même en cas de problème avec l’entrée de l’appareil, j’aurais un son propre. Lorsque j’utilise le RØDE VideoMic NTG, j’active le canal de sécurité de -20 dB. C’est une solution de secours pratique.


Effectuez un compromis entre qualité d’image et taille de fichier
Nous avons généralement tourné en 4K à 25 vues par seconde, au format H.265, en 10 bits, en utilisant soit le profil plat, soit le N-Log. Pour moi, c’est le meilleur compromis entre taille de fichier et qualité d’image. Et franchement, la qualité est incroyable, largement suffisante pour un projet comme celui-ci. Dans certaines situations, je monte jusqu’à la 6K sur le Z6III, généralement lorsque l’appareil photo est fixe et que je souhaite une résolution supplémentaire pour recadrer ou réaliser de lents mouvements virtuels en post-production, par exemple lors d’interviews. Il offre un niveau de détail et une plage dynamique incroyables, même sans passer par le format RAW. Le RAW a sa place dans les projets commerciaux ou les courts métrages où la taille des fichiers n’est pas un problème, mais il est inutile de l’utiliser juste pour le principe. Je suis très satisfait des séquences en H.265. Sur un MacBook Pro récent, le décodage s’effectue sans problème dans Final Cut Pro, avec un défilement très réactif dans la timeline.

Jan Vincent Kleine a eu recours à des plans de coupe pour donner corps à toutes les facettes du récit. Nikon Z8 + NIKKOR Z 24-70mm f/2.8 S, 24 mm, 1/250 s, f/2.8, 1400 ISO ©June van Greevenbroek
Laissez la perspective et le rythme guider votre montage
Comme je vis l’expérience tout en essayant de la saisir, je ne peux pas vraiment prendre du recul pour l’observer de l’extérieur. Je dois donc veiller à ne pas partir du principe que le spectateur sait ce que je sais : le contexte, les émotions, la portée d’un moment. Je dois donc changer de perspective, surtout au montage, et me demander : « Est-ce que j’emmène le spectateur avec moi, ou est-ce que je le laisse sur le bord du chemin ? »
Le rythme du film est également très important. Pour moi, deux éléments l’ont façonné ici. Tout d’abord, je ne suis pas fan du montage ultra-rapide qu’on voit sur les réseaux sociaux, où les scènes défilent à toute vitesse juste pour retenir l’attention. Cette vitesse masque en réalité un manque de construction narrative. Ensuite, un voyage de ce type impose naturellement un rythme plus lent. Vous laissez toute cette agitation derrière vous. Il n’y a que ce vaste paysage et vous, tout petit. Cela a un effet apaisant que je voulais refléter dans le rythme du film. Même ma voix est plus lente. La seule partie au rythme rapide, c’est celle à vélo, en raison de sa différence : plus proche de la civilisation, plus bruyant, plus rapide. Au montage, j’ai reflété cela à travers une énergie de road trip, pour restituer ce que je ressentais vraiment. Cela a aussi insufflé au film un changement de tempo naturel au milieu, ce qui permet aux moments plus calmes de résonner avec davantage de force par la suite.

Pour un documentaire comme celui-ci, Jan Vincent Kleine estime qu’un storyboard est superflu. C’est plutôt au montage que l’histoire prend forme. Nikon Z8 + NIKKOR Z 24-70mm f/2.8 S, 39 mm, 1/500 s, f/2.8, 64 ISO ©Jan Vincent Kleine
Les meilleurs conseils pour réussir un documentaire
- Utilisez l’histogramme lorsque vous filmez la neige
Sur une neige très lumineuse, les conditions peuvent être éprouvantes. Nous portons des lunettes de glacier, mais les enlever et les remettre constamment est pénible. Ce qui m’a vraiment aidé, c’est le viseur électronique lumineux du Z6III associé à la gamme de couleurs DCI-P3. Même à travers des verres teintés, je pouvais encore distinguer les couleurs et les contrastes avec suffisamment de netteté pour évaluer une scène. Avec les viseurs électroniques plus anciens, on a parfois l’impression de regarder dans un tunnel sombre. Cela dit, pour l’exposition dans la neige, je conseille toujours de s’appuyer largement sur l’histogramme et la forme d’onde.
En savoir plus : Décoder l’histogramme
- Utilisez le ralenti avec parcimonie
J’ai ajouté quelques séquences au ralenti, mais pas beaucoup. L’objectif est de conserver un rendu authentique et sur le vif : Trojka qui file à toute allure, trop vite pour vraiment le suivre en temps réel, et les rennes qui évoluent autour de nous. Ces moments procurent au spectateur le même émerveillement que celui que nous avons ressenti. Cela aide aussi à stabiliser les prises de vue à la focale longue du zoom.
En savoir plus : Filmer au ralenti avec le Nikon Z6III : un guide avancé
- Gardez les accumulateurs au chaud et au sec
Il ne faut pas recharger les accumulateurs au lithium à des températures inférieures à 0 °C. C’est pourquoi, une nuit sur deux, je rechargeais le mien à l’intérieur de mon sac de couchage à l’aide de deux batteries externes de 20 000 mAh et d’un chargeur USB léger. Ils ne se déchargent pas au froid, mais leur tension baisse. Je garde donc des accumulateurs de rechange dans ma veste, mais pas à même la peau, afin qu’ils restent secs et évitent la condensation lors du remplacement.
- Copiez, stockez, expédiez, recommencez
J’apprécie vraiment le fait que les deux appareils photo puissent copier des fichiers en interne d’un logement de carte à l’autre. Ainsi, chaque semaine, je copiais tout le contenu de la carte CF Express sur une carte SD, puis je l’enfouissais au fond de mon sac à dos. Une fois par mois, lors d’un ravitaillement, j’envoyais l’une de ces cartes SD chez moi : une méthode simple mais redoutablement efficace comme deuxième sauvegarde.
- Donnez forme à votre récit en post-production
Sur un projet de cette nature, qui s’étale sur plusieurs mois et dont le résultat n’est jamais assuré, il est impossible de suivre un script ; chercher à le faire nuirait au caractère authentique de la démarche. Au lieu de planifier des scènes précises, concentrez-vous sur le tournage des transitions qui les relient. Par exemple, si nous discutons dans la tente, je filmerai aussi l’arrivée au camp, l’installation, la préparation du dîner, etc., afin de pouvoir ensuite monter une séquence qui emporte le spectateur.
- Simplifiez votre flux de travail colorimétrique
J’aime utiliser un plugin d’étalonnage des couleurs appelé FilmConvert Nitrate. Il offre un rendu vraiment agréable, au look cinématographique, qui constitue une excellente base pour un étalonnage plus poussé. Il gère également la conversion Rec. 709 en interne, une opération normalement effectuée à l’aide de LUT, ici intégrée directement.
En savoir plus : Les LUT exclusives apportent aux propriétaires d’appareils Nikon un peu de la magie des appareils RED
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