Guide d’initiation au storytelling avec Jan Vincent Kleine

Le cinéaste Jan Vincent Kleine explique pourquoi la narration joue un rôle essentiel dans la réalisation d’un documentaire et dévoile ses techniques pour créer un chef-d’œuvre…
« Ce qui prime, c’est toujours la narration. Sans histoire, on n’a qu’une succession de moments forts. C’est agréable à regarder pendant quelques secondes, mais ça manque de substance », explique Jan Vincent Kleine, photographe et cinéaste d’aventure. Son deuxième documentaire, intitulé Norway’s Wilderness Up Close, vient de voir le jour dans le cadre d’une série qui s’étend sur plusieurs années. Prévus pour s’achever à l’automne 2027 et couvrant une distance estimée à 6500 km, ces documentaires suivent Jan Vincent Kleine, accompagné de son fidèle husky Trojka et, parfois, de sa compagne June van Greevenbroek, alors qu’ils parcourent à pied les paysages les plus reculés du pays. « Le partage d’histoires est au cœur même des relations humaines, déclare Jan Vincent Kleine. Qu’il s’agisse de peintures rupestres anciennes, de discussions autour d’un feu de camp ou, comme c’est le cas ici, de documentaires, l’art narratif joue un rôle essentiel dans nos relations avec les autres. »
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Norway’s Wilderness Up Close - Jan Vincent Kleine en pleine nature avec June et Trojka
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Storyboard ou cinéma direct
« Les documentaires traditionnels cherchent à saisir la vie ou les événements tels qu’ils se déroulent (selon l’approche fly-on-the-wall classique), tandis qu’un documentaire scénarisé adopte une approche plus maîtrisée afin de garantir la clarté du récit, explique Jan Vincent Kleine. En fin de compte, l’approche que vous choisirez devrait dépendre de votre sujet. Je ne prépare pas de storyboard. Je pense que si l’on écrit le scénario d’un documentaire à l’avance, le risque est de ne pas pouvoir s’adapter spontanément aux événements, et mon travail consiste justement à être attentif et prêt à réagir. Heureusement, le Nikon Z6III est rapide, maniable et intuitif. Comme je l’ai configuré pour répondre à mes besoins, il me permet de réagir à tout ce qui se passe devant moi pratiquement en temps réel. Une fois l’AF correctement réglé et la fonction ISO automatique activée, je suis prêt à appuyer sur le bouton d’enregistrement dans la seconde qui suit la mise sous tension de l’appareil photo. De plus, la stabilisation d’image me permet de filmer à main levée. J’obtiens ainsi une qualité optimale juste après avoir “dégainé” mon appareil photo, un avantage considérable pour le tournage de documentaires en mode run-and-gun. »
« Avec l’approche fly-on-the-wall, je n’ai pas à diriger ce qui se passe. Cela dit, je peux influencer certains aspects, comme le moment de la journée où certaines choses se produisent et l’itinéraire que j’emprunte. Comme mon documentaire portait uniquement sur le voyage, la recherche de lieux de tournage a constitué une partie essentielle de la préparation. Trouver un itinéraire judicieux sur le terrain, savoir quelles rivières peuvent être traversées, où se trouvent les crevasses et où il est possible de se ravitailler : tout cela était essentiel et a nécessité des mois de préparation. L’appareil photo s’est simplement joint au voyage. »

Jan Vincent Kleine et son fidèle chien Trojka font une pause pendant le tournage du deuxième documentaire de la série Norway’s Wilderness Up. Nikon Z7 + NIKKOR Z 24-70mm f/2.8 S, 46 mm, 1/250 s, f/8, 64 ISO ©Jan Vincent Kleine
Dressez une liste des moments incontournables
« Au lieu de créer un scénarimage ou un script, je m’appuie sur des éléments de base universels, quels que soient les rebondissements de l’intrigue principale, explique Jan Vincent Kleine. Je sais donc que j’ai besoin de suffisamment d’éléments pour présenter un lieu, une personne ou un sujet, ainsi que de tout ce qu’il faut pour guider le spectateur tout au long de ce parcours, en veillant à ce qu’il ne se sente ni perdu ni submergé. Alors, quand un moment important se présente, je veille à filmer suffisamment de séquences autour. Sinon, on se retrouve avec tout un tas de séquences isolées, certes belles ou intéressantes, mais qui n’ont aucun lien entre elles. J’aime aussi varier les plans (plans larges, plans moyens, gros plans, etc.), non seulement pour apporter de la diversité visuelle et maintenir l’intérêt, mais aussi pour aider à transmettre certaines émotions. »


Liste de vérification pour les interviews face caméra
« Certains éléments peuvent être planifiés, explique Jan Vincent Kleine. Comme les interviews face caméra, les portraits stylisés en mouvement pour illustrer certains moments de l’entretien ou, après l’interview, l’environnement de la personne pour enrichir le récit. Faire des recherches approfondies au préalable, connaître l’histoire, le contexte et les événements qui ont conduit à cette situation, c’est une question de respect. Il s’agit ensuite de créer un lien personnel afin que vos sujets se sentent à l’aise et se confient. À partir de ce moment, je vous conseille de garder l’esprit ouvert, d’être à l’écoute et avide d’apprendre et d’observer, plutôt que d’essayer de faire correspondre ce qui se passe à ce que vous aviez planifié avant votre départ. »

Jan Vincent Kleine traverse une cascade pendant le tournage de son dernier documentaire. Nikon Z8 + NIKKOR Z 24-70mm f/2.8 S, 31,5 mm, 1/200 s, f/3.2, 100 ISO ©Jan Vincent Kleine
Structure narrative
« Pour réaliser un documentaire, le plus simple est de s’appuyer sur des témoignages pour raconter l’histoire principale, tout en ponctuant le récit de scènes d’action et de moments d’observation clés, conseille Jan Vincent Kleine. Ajoutez quelques séquences d’archives comme plans de coupe si cela s’avère pertinent, et peut-être une voix off pour combler certaines lacunes, et vous obtiendrez un documentaire typique. Cela dit, certains cinéastes font avancer l’histoire sans recourir à des interviews, mais uniquement à travers l’action elle-même, tandis que d’autres préfèrent accompagner des séquences généralement calmes d’une narration. C’est, en grande partie, une question d’intuition. Se passe-t-il quelque chose d’important ? La situation est-elle en train d’évoluer ? Un personnage est-il en train de gagner en profondeur ? La scène transmet-elle des émotions ? Les émotions fortes méritent presque toujours d’être immortalisées avec respect. »

Jan Vincent Kleine conseille les réalisateurs de documentaires en herbe de bien choisir ce qu’ils filment. Nikon Z8 + NIKKOR Z 24-70mm f/2.8 S, 24 mm, 1/125 s, f/5, 80 ISO ©Jan Vincent Kleine
Tournage sur le terrain
« Lorsque vous filmez, sélectionnez soigneusement ce que vous enregistrez, mais veillez à ne pas vous retrouver à court de séquences au final, explique Jan Vincent Kleine. Vous vous épargnerez beaucoup de travail en n’ayant à visionner que 20 heures de séquences au lieu de 200. Certains moments se prêtent naturellement à être montés en séquences ou en scènes courtes sur le terrain, mais ce n’est pas le cas de tous les plans. Certains visuels peuvent très bien, pour l’instant, constituer des éléments autonomes. Au montage, ils pourront soit être conservés tels quels, soit s’harmoniser à merveille avec d’autres séquences. C’est pourquoi, dans les documentaires, la phase de montage revêt une importance capitale. Pour les publicités, les courts métrages ou les longs métrages, le projet est pratiquement « terminé » avant même que le tournage ne commence, mais pour les documentaires, c’est généralement au montage que tout prend forme. Je vous encourage donc à raisonner par scènes lorsqu’un moment important se présente. Si vous ne savez pas comment faire le lien avec autre chose, ne vous inquiétez pas : vous y réfléchirez plus tard. »

Jan Vincent Kleine explique que ce genre de scènes permet de raconter l’histoire sans avoir recours aux mots. Nikon Z8 + NIKKOR Z 24-70mm f/2.8 S, 31 mm, 1/60 s, f/4, 200 ISO ©Jan Vincent Kleine
Assemblez le récit en postproduction
« Dans le cas de documentaires non scénarisés, il n’y a pas vraiment de plan initial, explique Jan Vincent Kleine. L’idée est plutôt de rassembler les scènes et les séquences de manière à ce qu’elles forment une histoire captivante. Pour cela, je me pose les questions suivantes : comment présenter le sujet, le lieu, les personnages ? Dois-je suivre un ordre chronologique ou faire des sauts dans le temps ? Vais-je raconter plusieurs histoires en parallèle ? Où ces histoires vont-elles se croiser ? Comment créer une trame narrative ? Comment maintenir l’intérêt du spectateur ? »

Si les photographies peuvent raconter toute une histoire en une seule vue, Jan Vincent Kleine affirme que, pour la vidéo, c’est au montage que l’histoire prend forme. Nikon Z8 + NIKKOR Z 24-70mm f/2.8 S, 27 mm, 1/640 s, f/2.8, 64 ISO ©June van Greevenbroek
Les sept meilleurs conseils de Jan Vincent Kleine pour une narration réussie
- Choisissez une histoire, pas un sujet
Un sujet n’est pas une histoire. Presque toutes les histoires suivent la même structure de base : un début, un milieu et une fin, ou encore la présentation, le développement menant au point culminant et la conclusion. Pensez en ces termes et vous transformerez votre sujet en histoire.
- Expliquez votre point de vue
Quand on filme d’autres personnes, on se met naturellement à la place du public et on sait ce dont il a besoin pour suivre l’histoire. Mais dans le cadre d’un projet comme Norway’s Wilderness Up Close (Gros plan sur la nature norvégienne), dont je suis le sujet, il est facile d’oublier que le spectateur ne partage pas mon point de vue. Vous devez vous assurer qu’il comprend ce qui se passe à tout moment.
- Filmez sous différents angles
La photographie cherche à raconter une histoire sur un seul cliché, tandis que sur une vidéo, le récit prend forme au montage, à partir de fragments qui deviennent des scènes, et de scènes qui s’enchaînent pour former des séquences. Les angles de prise de vue permettent de relier ces éléments entre eux. Alors, veillez à en utiliser plusieurs. Une bonne règle consiste à filmer chaque scène sous trois angles différents (plan large, plan moyen et gros plan) afin de disposer de prises de vue pour les détails, les séquences de montage, etc.
- Un son de qualité est essentiel
On peut masquer les passages de mauvaise qualité avec le son, mais pas l’inverse. Veillez donc à ce qu’il soit de bonne qualité pour les conversations les plus importantes. Le micro Røde VideoMic NTG, par exemple, convient parfaitement.
- Améliorez vos compétences en montage
Renseignez-vous sur les différents types de montages. Un simple J-cut, par exemple, peut suffire à créer une attente ou à assurer une transition plus fluide entre les scènes.
- Créez une trame narrative
Si votre reportage s’articule autour d’une interview, commencez par la dérusher. Elle vous servira de trame. Vous pourrez ensuite y intégrer des séquences d’action, des images d’archives, des plans de coupe, etc.
- Utilisez les silences à bon escient
Nous sommes habitués à être constamment entourés de sons, dans la vie réelle comme au cinéma, qu’il s’agisse de musique, de dialogues, de narration ou d’action directe. Alors, quand tout se tait, le silence a plus d’impact que n’importe quel bruit poussé au maximum.
Les recommandations de Jan en matière de réglages de l’appareil photo pour les débutants
- Cadence de prise de vue : 24 ou 25 vps
- Résolution : 4K
- Vitesse : 1/50 s à 25 vps (règle des 180°)
- Sensibilité (ISO) : automatique
- Balance des blancs : mode automatique/manuel et réglage fixe pour les mêmes scènes
- AF : AF-C, le réticule pour le mode de zone AF et la détection du sujet activés
- Profil d’image : profil plat en 10 bits
- Stabilisation : standard/sport. « Sauf pour les mouvements de caméra très rapides, où je la désactiverais. »
- Codec vidéo (format d’enregistrement) : h.265
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