Huit compositions créatives pour des paysages

Qu’est-ce qui fait qu’une composition paysagère est réussie ? Stefan Forster, Ambassadeur Nikon, nous présente certaines de ses techniques préférées…
Pour m’assurer qu’une image de paysage sera réussie, je reviens à plusieurs reprises au même endroit avant de réaliser la prise de vue. Dans la photographie de paysage, le sujet est important, mais ce qui compte encore plus, c’est l’atmosphère créée par la lumière, les conditions météorologiques et la composition qui place le sujet au centre de l’attention du spectateur.
Au début de mes ateliers de photographie, j’observe souvent que les participants ont du mal à prendre des décisions en matière de composition de l’image. C’est là que ces conseils prennent tout leur sens.

Que contient mon sac photo ?

Z8 + NIKKOR Z 24-120mm f/4 S, 46 mm, 1/30 s, f/9, 64 ISO, ©Stefan Forster
1. Composition classique
Dans cette composition classique, le sujet principal est placé au centre, tandis que le petit ruisseau sert de fil conducteur vers le volcan Maelifell, en Islande. La hauteur de prise de vue a été déterminée de manière délibérée afin que le cadre ne soit jamais obstrué par le premier plan. Un cadrage trop bas peut en effet entraîner un chevauchement non souhaité des plans visuels et perturber la composition.
Comment procéder ? Commencez par repérer votre sujet principal, puis parcourez le paysage jusqu’à trouver un élément de premier plan qui conduise naturellement le regard vers lui. Ne vous contentez pas du premier plan que vous trouvez. Accordez-vous du temps pour que la composition se révèle peu à peu, presque naturellement.

Z8 + NIKKOR Z 24-120mm f/4 S, 24 mm, 1/40 s, f/9, 200 ISO, ©Stefan Forster
2. Lignes directrices
Les dunes de sable constituent un terrain d’apprentissage particulièrement pertinent pour la composition : l’ensemble du paysage est structuré par des lignes, et une variation de hauteur, même légère, peut déséquilibrer l’image. La difficulté principale consiste à repérer les lignes dominantes et à les articuler entre elles. Sur cette image du Rub’ al Khali, au Sultanat d’Oman, la composition repose sur deux axes forts : une crête principale qui s’inscrit dans le bas du cadre (sur environ 62 % de l’image selon la règle du nombre d’or), et une ligne centrale qui relie clairement le premier plan à l’arrière-plan. La lumière et l’ombre sculptent les dunes, en découpant le paysage en zones baignées de soleil et en segments plus sombres. Ces alternances, de chaque côté du cadre, dessinent un encadrement subtil qui guide le regard et met la scène en valeur.
Comment procéder ? Montez jusqu’au point le plus élevé, puis redescendez en suivant les lignes. Évitez de placer l’appareil trop bas au risque de réduire la profondeur de l’image ; la ligne, pourtant structurante, pourrait paraître visuellement plus courte. Visez une hauteur comprise entre 1,3 m et 1,8 m.

Z9 + NIKKOR Z 100-400mm f/4.5–5.6 VR S, 400 mm, 1/2000 s, f/8.0, 640 ISO, ©Stefan Forster
3. Yin et Yang
J’aime décrire cette composition comme illustrant le Yin et le Yang, car l’iceberg recouvert de neige est divisé en deux parties contrastées. Pour donner à la zone blanche le même impact visuel qu’à la partie bleue dynamique, j’ai attendu que le manchot papou apparaisse au centre de la spirale de Fibonacci, rétablissant ainsi l’équilibre de la composition.
Comment procéder ? Face à un sujet très coloré, porté par des lignes affirmées et un contraste prononcé, pensez à créer un contrepoint : une zone volontairement plus épurée, plus calme, placée en diagonale ou en vis-à-vis dans le cadre. Mais attention, cette zone épurée ne doit pas rester vide : introduisez-y un détail (même discret) qui vienne rééquilibrer l’image et répondre à la partie la plus dynamique. Dans un ciel bleu par exemple, il suffit souvent d’un petit nuage.

Z8 + NIKKOR Z 14-30mm f/4 S, 14 mm, 1/50 s, f/10, 64 ISO, ©Stefan Forster
4. Règle des tiers
Certaines compositions tirent leur force d’une impression d’immensité, mais l’essentiel est de déterminer ce qui mérite d’occuper 66 % du cadre, conformément à la règle des tiers. Ici, ce sont les couleurs et les formes du premier plan qui se détachent sur l’immensité d’un fjord du Groenland. Verticalement, une couverture nuageuse dense occupe les deux tiers supérieurs à gauche, contrebalancée par des nuages plus clairs et un ciel bleu à droite. Au premier plan, un rocher volontairement neutre crée un contraste immédiat : il sépare les lichens aux couleurs éclatantes et installe, dès l’avant de l’image, une frontière visuelle qui structure la composition.
Comment procéder ? Si vous descendez trop bas, même à f/16, vous risquez de compromettre la netteté de l’image de l’avant à l’arrière-plan. De plus, vous réduirez la profondeur créée par les variations chromatiques, le tout premier plan venant alors masquer les 10 à 20 mètres suivants.

Z7 + NIKKOR Z 14-30mm f/4 S, 15 mm, 1/80 s, f/10 64 ISO, ©Stefan Forster
5. Composition centrale
On évite souvent de placer un sujet au centre, car ce choix de composition semble « trop simple ». Pourtant, certains sujets se déployant avec la même force dans toutes les directions nous invitent à le faire. Dans ce genre de situation, la solution la plus simple est souvent la meilleure. Ici, un arc-en-ciel contribue à créer un équilibre qui convient naturellement à une composition centrale.
Comment procéder ? L’arc-en-ciel dispose d’un espace suffisant tout autour de lui grâce à un objectif grand-angle de 15 mm. Ici, le ciel couvert fait mieux ressortir le vert du premier plan que la lumière directe du soleil. Pour moi, la glace, les glaciers, les forêts et les cascades sont souvent plus beaux par mauvais temps.

Z8 + NIKKOR Z 24-120mm f/4 S, 49 mm, 1/160 s, f/11, 250 ISO, ©Stefan Forster
6. Le nombre d’or
Beaucoup de photographes se concentrent sur l’immensité d’un paysage et passent à côté de la richesse des petits détails ; il est donc parfois pertinent d’isoler une zone plus restreinte. Sur cette image prise dans le Fossil Canyon, en Patagonie, façonnée par les glaciers et les strates rocheuses, la composition met l’accent sur des lignes fines, des couleurs et des formes, plutôt que sur une vision « grandiose » du paysage.
Comment procéder ? J’ai composé ce « paysage miniature » en m’appuyant sur le nombre d’or : le sommet de la montagne se situe à environ 38 % de l’image depuis le bord gauche. La distance entre l’ombre de la pierre isolée et le bord inférieur reflète celle entre le sommet de la montagne et le bord supérieur. Et pour rééquilibrer l’ensemble, les crêtes dentelées en haut à droite répondent à la pierre en bas à gauche. Si la composition ne semble pas évidente, je cadre un peu plus large, par exemple à 40 mm au lieu de 50 mm, puis je recadre l’image plus tard lors de la retouche.

Z9 + NIKKOR Z 14-24mm f/2.8 S, 22 mm, 60 s, f/7.1, 100 ISO, ©Stefan Forster
7. Règle des reflets
L’une des techniques de composition les plus simples est la règle des reflets, comme on peut le voir ici sur cette photo de Torres del Paine, en Patagonie chilienne. L’horizon est placé au centre, la distance avec le bord supérieur du sujet principal et celle avec le bord inférieur de son reflet étant égales.
Comment procéder ? Pour obtenir un reflet parfaitement net et un horizon centré, il faut des conditions d’un calme absolu. Si vous pensez que cet effet peut être obtenu à l’aide d’un filtre ND et d’une longue exposition malgré le vent qui agite la surface de l’eau, vous vous trompez. Les longues expositions peuvent lisser la surface de l’eau, mais elles ne créent pas de véritables reflets. Dans ce cas précis, seule la patience permet d’obtenir le résultat recherché.

Z8 + NIKKOR Z 14-30mm f/4 S, 14 mm, (1/10 s / 1/60 s / 1/250 s), f/10, 160 ISO, ©Stefan Forster
8. Enfreindre les règles
Cette image prise au Salar d’Uyuni, en Bolivie, enfreint toutes les règles, et c’est justement le but recherché. La photographie obéit à certains principes, mais il est légitime de s’en affranchir lorsque cela renforce l’impact visuel. Ici, je cherchais un point de vue réglé au centimètre près : suffisamment précis pour que les deux ouvertures de la grotte restent bien visibles, tout en évitant qu’un cactus vienne effleurer les bords du cadre et perturber la composition.
Comment procéder ? Cette composition n’a pu être réalisée qu’avec un objectif de 14 mm, et trois expositions en bracketing, espacées de deux crans d’exposition, afin de conserver à la fois les détails dans les hautes lumières et dans les ombres. Un filtre CPL a assombri le ciel, tandis que l’utilisation d’un trépied et du mode retardateur, et la désactivation de la stabilisation, ont permis d’obtenir un alignement parfait en vue d’un assemblage ultérieur en postproduction.
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